﻿Pour les usagers de la route, la disparition de l'un des plus gros points noirs de la Gironde. Pour les riverains, la fin de l'enfer. Un contraste tel que des habitants proches de la route disent avoir eu longtemps du mal à dormir. Ils étaient réveillés par le silence.
Les mêmes disent aujourd'hui savourer enfin la vie à la campagne. Le bilan n'est toutefois pas rose pour tout le monde. Les professionnels installés le long de la route souffrent de la disparition de la clientèle. Certains ont déjà fermé leurs portes, d'autres craignent d'avoir à le faire.
« Si la situation ne s'améliore pas, nous pourrions être amenés à fermer en septembre. » Monique Néris, responsable du camping-relais du Chavan, à Laruscade, résume l'avis des oubliés de l'ex-nationale 10. Avant, ils étaient au plus près de leur clientèle potentielle; aujourd'hui, ils en sont à plusieurs centaines de mètres et le vivent très mal.
« Les problèmes ont commencé lorsque le chantier a débuté il y a plus de trois ans », poursuit la patronne du camping. « Avec le passage des engins, le bruit et tout le reste, les gens ne s'arrêtaient plus et cela ne s'est pas arrangé avec la fin des travaux. La saison passée, alors que la nouvelle route était ouverte, notre chiffre d'affaires a chuté de 50 %. » Cette année, Monique Néris croise les doigts mais demeure pessimiste. « Si les activités ne reprennent pas, on arrête. »
Arrêter, c'est ce qu'a déjà fait le patron du restaurant le Chat-Huant, tout près de là. Un restaurant qui tournait bien. Avec la clientèle de passage et des soirées à thème. Du jour au lendemain, les gens ne sont plus venus. Fin décembre, l'établissement a fermé.
« Les bons clients font toujours le détour pour venir manger, mais nous avons perdu toute la clientèle de passage en dehors des heures de repas. Plus de cafés à servir le matin, plus de boissons l'après-midi », confirme Solange Lignat, qui tient Chez Solange. Grâce à sa réputation, l'établissement tient encore le choc, mais pour combien de temps ? Les routiers de plus en plus pressés risquent, un jour ou l'autre, de ne plus faire le détour.
Ce que confirme Florence Lusseau qui, avec son mari Xavier, a repris le restaurant Chez Grand-Mère, au lieu dit Pierre-Brune : « Depuis que la nouvelle route est ouverte, le chiffre d'affaires du restaurant a baissé de 40 %. » Pour elle, cette baisse découle de l'absence du trafic, mais surtout du manque de signalisation. « L'Equipement nous interdit de poser des panneaux sur le bas-côté de la nouvelle route. Il faut les planter à 200 mètres au-delà de leurs grilles. Avec des panneaux de 1,50 m sur 2 mètres, pas plus. Les gens découvrent notre publicité trop tard. »
Seul Michel Gay, garagiste à Pierre-Brune, dit ne pas trop souffrir : « Le passage ne m'apportait rien. Mes clients sont dans le coin, donc ils viennent toujours. » Enfin quelqu'un de content. Bien seul toutefois pour dire que tout va bien depuis que l'ex-RN 10 a été déclassée. 